Basik Arts

A mi-chemin entre le home-studio et la grosse structure







« je connais le déroulement d’un projet, les attentes que nous pouvons avoir, les limites de budget et tout le reste »

En ces temps de crise, nous vous proposons de découvrir une jeune société de mixage/mastering qui propose des prix abordables pour une qualité professionnelle.

Peux-tu présenter la structure et le staff Basik Arts ?

Basik Arts, c’est tout simplement moi, le technicien son (Waam), mais c’est aussi la participation de mon frère (www.marcarea.com) pour la création du site et du blog qui sont mes principaux moyens de communication avec les clients. Par rapport à l’étymologie de Basik Arts, je dirais que la notion "basique" de ce concept a été pensée dans le sens "fondamental", c’est à dire "sans fioritures". Un rapport simple entre l’artiste ou le client, et moi, le technicien son. Pour passer rapidement sur mon curriculum vitae, je baigne dans la musique depuis tout petit comme on le voit souvent dans les premières lignes des interviews du style, donc je ne serais pas très original sur ce point. Après le bac, j’ai fais une année de prépa dans l’audiovisuel, spécialité « son » suivi d’une formation « Audio Engineer » à la SAE. Pour en revenir aux choses intéressantes, c’est à dire à Basik Arts, mon activité se divise en deux gros secteurs. D’une part, toute la partie destinée aux artistes et labels (mixage, mastering) et d’autre part, celle qui vise plus particulièrement le monde des entreprises, indépendants et administrations (messagerie téléphonique, pub radio, logo sonore, post prod). Dans cet entretien, je parlerais uniquement de mes services en terme de « mixage et de mastering » car je crois que les lecteurs ne seront pas intéressés par le processus de sélection d’une voix-off pour un répondeur ou encore par la composition d’un jingle pour une marque de jus de pomme…

Pourquoi avoir décidé de monter une structure dans ce domaine ?

J’ai créé cette structure dans le but d’offrir une alternatives aux artistes qui n’ont pas forcément les moyens de payer un ingénieur son à 40 ou 50 euros de l’heure mais qui ne veulent pas faire d’énormes concessions sur la qualité. Je ne viens pas dire que je propose un studio équipé d’une console Neve ou Ssl, de dizaines de racks et que je fais des prix discount, mais simplement dire que je propose un environnement modulable et évolutif basé sur une puissante unité centrale (Mac Pro 8 cœurs 3ghz) équipée lourdement en plug-ins natifs et en DSP Universal Audio (Fairchild, Neve, Cambridge, Pultec...), une surface de contrôle pour piloter Logic Pro, et une interface audio Apogee de qualité qui me permet de faire transiter le signal en toute clarté dans d’éventuels hardwares. Voilà le noyau solide de mon système. Pourquoi avoir choisi cette option simple ? D’une part, je n’ai pas été obligé de m’endetter en achetant une grosse console, ce qui me permet de faire les tarifs que je pratique : 15 à 20 euros de l’heure, et d’autre part, ma configuration me permet d’avoir l’aisance et l’ergonomie d’un environnement logiciel tout en pouvant facilement intégrer une machine externe (compresseur, équaliseur, réverbe) dans ma chaîne audio. Pourquoi modulable ? En plus d’investir dans les racks de traitement au fur et à mesure, je peux par exemple emprunter ou louer une machine particulière qui correspondra aux besoins d’un projet. En plus de cela, je souhaite rappeler quelque chose qui me semble important, c’est qu’il est primordial de juger un mixage sur ce qu’on entend effectivement, et pas sur une énumération d’appareils ou même sur un CV d’ingénieur du son, et c’est dans cette optique que je propose à tout nouveau client de faire un mixage d’essai gratuit sur un extrait de track (extrait, pour ne pas perdre du temps en faisant des essais pour des gens qui veulent simplement gratter un mixage gratuit, il faut que l’honnêteté aille dans les deux sens pour une entente cordiale).

Qu’est-ce qui te caractérise ? Quel est ton positionnement ?

Ce qui caractérise Basik Arts, en plus du tarif et de cette modularité que j’évoquais au dessus, c’est le fait que le travail s’effectue à distance avec un échange de fichiers par le net ou la voie postale. A propos de cela, il y a une remarque qui revient souvent chez les plus anciens à laquelle je voudrais apporter mon avis : c’est la crainte de faire « eMixer » ou « eMasteriser » un titre ou un projet sans assister à la séance. Je répondrais comme je l’ai dit juste au dessus qu’une vague de modifications gratuite est incluse dans mon prix. En gros, après avoir récupéré vos fichiers mixés, vous commentez chaque titre dans un fichier texte et j’apporte gratuitement les modifications que vous souhaitez. S’il y a une seconde vague de modification, elle est bien sûre facturée pour me protéger des clients très (ou trop) perfectionnistes. De plus, j’ai moi-même fait mixer des projets en studio pour des artistes, j’étais parfois satisfait durant la séance et quand je réécoutais les mixages sur mon système habituel, c’est seulement là que j’ai décelais les modifications à faire. Donc au final, assister à la séance ne m’a pas épargné le paiement d’heures supplémentaires pour faire les modifications. Pour bien insister encore sur un point très important que j’ai déjà exposé mais qu’il faut absolument garder à l’esprit quand on veut comparer ma configuration et celle d’un gros studio, c’est que je propose un travail au prix horaire de 15 à 20 euros de l’heure, c’est-à-dire qu’en moyenne je suis quasiment 3 fois moins cher que les autres studios. Je ne fais pas de la concurrence déloyale mais je me positionne dans un nouveaux créneau : à mi-parcours entre le mixage maison et le mixage inabordable pour un label ou artiste indépendant.

As-tu déjà quelques références ?

Pour citer quelques références, je parlerais en premier lieu des artistes de ma ville (Metz) et donc de Mysa (« Poésies du chaos », en partie et « Enfermé dehors, jamais libre », entièrement, à part l’enregistrement des guitares sur les morceaux acoustiques), Reska P (« Avec la rage et le cœur »), je parlerais ensuite de quelques titres faits / mixés pour des gens dont j’apprécie la musique, les Grandes gueules (Sète), et Nab (Paris)... Dans un tout autre registre, j’ai participé à l’enregistrement et au mixage de groupes jazz, acoustiques, pop rock jusqu’au métal, donc je ne suis fermé à aucun projet, au contraire. Légalement, mon activité dans le milieu est très récente si nous mettons de côté les projets réalisés pour d’autres structures, les morceaux uniques mixés pour des compiles un peu partout ou les travaux faits d’un « commun accord » avant la création de mon activité (si vous voyez ce que je veux dire), donc mon catalogue de références officielles est encore léger. Compte tenu du fait que j’ai été et que je suis toujours beatmaker en même temps que technicien son, j’ai été aussi bien prestataire que demandeur de ce type de services, donc je connais le déroulement d’un projet, les attentes que nous pouvons avoir, les limites de budget et tout le reste. D’ailleurs, si je devais donner un conseil un peu anti-commercial mais utile aux gens qui doivent faire mixer / masteriser un projet, ce serait de faire le tour des studios et de se renseigner sur ce que chacun propose pour faire un choix réfléchi. Ne surtout pas hésiter à les contacter, et bien sûr à me contacter (www.basikarts.com/contact), pour demander un devis et un mixage d’essai (s’ils le proposent).

Peux-tu me citer des albums de différents styles qui t’ont marqué par leur mixage / mastering ?

Tout d’abord il faut bien différencier le côté technique / mixage et le côté artistique. Ici, j’aborderais principalement des coups de cœur au niveau du mixage même si certaines références m’ont également plu artistiquement. Pour rentrer dans le vif du sujet, au lieu de parler d’un seul album français et d’un seul album américain, je citerais plutôt deux ingénieurs son qui me semblent incontournables dans le milieu du rap pour l’intégralité de leur travail. Pour la France, Chris Chavenon (quasi tout ce qui sort en major dans le milieu du rap / raï / r&b sort de chez lui, que l’on aime ou pas les artistes, son travail est bon et respectable) et pour les États-Unis, le reconnu Richard Huredia qui a participé à la réalisation technique d’une quantité astronomique de gros albums de rap américain. Pour être complet vis-à-vis de ce qui m’a interpellé au niveau du taf sur le mixage « rap » voire « musique urbaine », je me dois de rajouter à la liste « Miseducation » de Lauryn Hill, « The blueprint » de Jay Z et « Come Alive » de The Roots. Après pour sortir du style rap, énormément de disques m’ont scotché en terme de mixage comme, dans le désordre, « Thriller » et « Off the wall » de Micheal Jackson, « Rage against the machine » du groupe du même nom, « Songs in a minor » de Alicia Keys, « Auchtung baby » de U2, « For Those About To Rock » de AC/DC, et je pourrais continuer des heures et des heures. Ah oui, j’oubliais, puisqu’on parle d’albums qui m’ont marqués par leur réalisation, je suis obligé de dire deux mots à propos d’ « Enter da 36 chambers » du Wu Tang qui est probablement l’album le plus mal mixé dans l’univers rap mais qui reste pourtant un classique incontournable du genre... comme quoi.

Quelle est, selon ton point de vue, la différence entre un bon et un mauvais mastering ?

Pour être court, pour moi, un bon (pré-)mastering n’est pas un processus qui consiste à pousser le son dans ses derniers retranchements jusqu’à en détériorer l’œuvre et à créer des saturations plus ou moins audibles juste pour que le niveau soit plus élevé que l’album qui sort le même jour. Je n’apprécie pas du tout cette pratique qui est à la mode depuis ces dernières années. Je persiste à croire que les auditeurs ne sont pas des idiots et sont capables d’utiliser le bouton de volume de leur ampli, chaîne hi-fi ou autoradio sans avoir besoin d’être assistés. Après, je ne dis pas que je suis contre le fait de gonfler le son. Le faire, oui, mais le faire en évitant de gâcher tout le travail en amont (création, mixage). Cela dit, pour être tout à fait complet par rapport à ma vision du mastering, ou du moins du mastering que je propose, je dirais que je vois ça comme une étape de compréhension de l’œuvre dans sa globalité contrairement au mixage qui est plutôt ciblé sur chacun des morceaux. Quand je débute un mastering, j’écoute d’abord le projet dans son intégralité avant de toucher à quoique ce soit dans le but de comprendre l’œuvre, puis j’égalise les niveaux de tous les morceaux pour enfin appliquer les traitements individuels et collectifs à l’œuvre et lui donner une cohérence sans la dénaturer.

Quels matériels aimes-tu utiliser ? Que penses-tu de l’arrivée du software dans le domaine ?

Pour parler de quelques appareils que j’ai aimé utiliser dans ma courte expérience, j’évoquerais toute la gamme Tube-tech, avec le CL-1A (comp), LCA-2A (comp/lim), le PEI-A (eq), mais aussi le classique LA2A, ou la gamme Empirical Labs (en particulier le distressor stereo). Pour ce qui est du mastering, je suis un grand amateur du Manley Vari-mu que j’avais d’ailleurs prévu d’acquérir dès le début mais dont j’ai dû reporté l’achat pour pouvoir investir dans une grosse centrale puissante et un système de sauvegarde sécurisé. La liste permanente du matériel de Basik Arts s’agrandira au fur et à mesure du temps et des rentrées d’argent. Il ne fait pas bon contracter des crédits en cette période... En ce qui concerne l’arrivée du logiciel dans ce milieu, elle n’est pas toute récente si on se rappelle de Sound Tools, le premier soft d’enregistrement et d’édition de chez Digidesign et prédécesseur de Pro Tools, qui a fait son apparition dans les studios dès 1989. Malgré les débuts laborieux du tout-numérique avec tous les problèmes qu’on lui connaît, les éditeurs de logiciels et les constructeurs d’ordinateurs arrivent depuis quelques années à proposer des solutions pleine de ressources qui permettent de pousser les performances et la qualité sonore toujours plus loin. L’aspect froid des premières sorties numériques se fait de moins en moins sentir et tend à disparaître dans un futur proche. En plus de cela, la facilité d’édition, de réglage, d’automation, de sauvegarde, d’évolution est immense... et cela n’est pas négligeable pour un travail aisé et rapide.

Depuis quelques années, on parle beaucoup de home studio, c-à-d pouvoir s’enregistrer et maquetter sa musique chez soi et à moindre frais. Que penses-tu de ce phénomène ? Peut-on arriver à un résultat correct avec peu de moyens ? As-tu des conseils à donner à ceux qui veulent s’initier à cet art difficile qu’est le mixage ?

Pour synthétiser, disons que si nous partons du principe que le but de chacun est de produire une musique de qualité, la démocratisation du home studio est un énorme point fort. Nous arrivons à de bons résultats avec un budget relativement honnête et autant de temps qu’il en faut pour peaufiner son travail. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé de me focaliser sur des services de mixage et de mastering qui nécessitent certaines connaissances et beaucoup de temps, et non pas sur l’enregistrement qui est de plus en plus réalisé à domicile et correctement. Cela n’empêche pas que j’ouvre peut être par la suite une branche enregistrement pour les gens qui veulent avoir une assistance dans la totalité de la production, mais ce n’est pas pour tout de suite. Pour apporter quelques conseils pour les gens qui souhaitent s’initier au mixage, je leur dirais de prendre leur temps et de faire les choses méthodiquement. Pas la peine d’utiliser tout d’un coup sans prendre le temps de comprendre l’utilité de chaque outil. Je pense qu’il faut commencer par maîtriser les choses de base : les niveaux et la panoramique. Nous pouvons par exemple débuter un mixage avec tous les faders baissés : mixer d’abord la batterie (grosse caisse, caisse claire, ensuite charley...), puis la basse, puis au fur et à mesure, faire entrer chacun des instruments dans le mixage. De cette manière, nous distinguons bien chaque piste et nous la dosons correctement. Ensuite, nous pouvons nous occuper de la panoramique, essayer de prendre conscience de l’espace stéréo et garder un certain équilibre. Si déjà là, le mixage sonne à peu près, c’est un gros travail d’accompli. Ensuite, nous pouvons nous diriger vers les deux principaux traitements : l’équaliseur et le compresseur qui vont permettre de corriger les soucis que les niveaux seuls ne peuvent résoudre. Et enfin l’effet de réverbe pour donner de l’ampleur à certains éléments. Maîtriser ces 5 choses (niveaux, panoramique, équaliseur, compresseur et réverbe), c’est déjà être capable de faire de bons mixages. Pas la peine d’utiliser des tas d’effets d’emblée, il faut y aller étape par étape en intégrant chacune d’entre elles.

Que penses-tu du format mp3 qui se répand de plus en plus ? Cela a-t-il changé ta façon de travailler ?

Le format mp3 a assurément changé la façon avec laquelle les gens consomment la musique, la transportent. Qualitativement, c’est certes un bon en arrière, mais pratiquement, c’est un saut gigantesque en avant, et de ce fait, on ne peut que faire avec. Pour appuyer ce côté pratique, il s’est avéré au fil de ces dernières années que la majorité des auditeurs attachent peu d’importance à une qualité haute définition du son et préfèrent l’aisance pour le stocker, l’acquérir, le transférer. D’ailleurs, les progrès qualitatifs fait dans le domaine du son n’ont pas rencontré un grand succès auprès du grand public. Pour exemple, le Super Audio CD, qui permet une qualité accrue, n’a pas décollé au niveau des ventes et au jour d’aujourd’hui, seuls quelques fans ou audiophiles s’y intéressent et ont fait l’effort de renouveler leur platine et leur installation audio. Enfin bon, le sujet de la question est le mp3 alors je vais y revenir. Pour ma part, son expansion ne me pose aucun problème, au contraire. Je m’explique, pour le processus de mixage, de mastering ainsi que pour le rendu final du travail au client, elle ne change absolument rien pour moi puisque je fournis mon travail en qualité standard du cd audio. La seule étape où elle m’apporte un plus indéniable, c’est pour l’échange de fichiers temporaires, c’est à dire pour faire écouter l’évolution du travail au client simplement et rapidement. Pour cela j’utilise un encodage stéréo à 320 kbps, ce qui me permet de compresser les fichiers sans trop détériorer la précision et les détails.

Quels sont tes projets à venir ou simplement tes envies pour la suite ?

Du côté de cette activité professionnelle (mixage, mastering...), je souhaite continuer sur cette lancée en essayant toujours de proposer un travail de qualité à un prix relativement raisonnable. Je voudrais vraiment m’implanter à mi-chemin entre le home-studio et la grosse structure, quelque chose de simple mais de qualité, tout en intégrant ma touche d’expérience et d’investissement personnel dans chacun des projets que j’aurais entre les mains et entre les oreilles. Pour la sphère artistique, je veux continuer à produire du son que j’aime, à collaborer avec des artistes que j’apprécie que ce soit dans le beatmaking, le rap ou la musique en général.

Un petit mot pour conclure ?

Déjà, merci beaucoup à vous pour m’avoir donné une occasion d’expliquer en profondeur ce qu’est ma structure et ce qu’est mon état d’esprit, merci à toute l’équipe de Blaze. Bonne continuation à tous les artistes qui bossent et persévèrent malgré les bâtons dans les roues. Une ligne pour parler de Mysa (myspace.com/raptivist) et de tous les bons emcees d’ici et d’ailleurs qui font des choses de qualité, et en ce qui concerne la prod, un mot pour Jamal (myspace.com/abukamalsky) qui est un producteur de la région dont j’apprécie beaucoup le travail, pour Filipego (myspace.com/filipego) avec qui je collabore sur certains titres, et pour les producteurs talentueux que j’ai pu rencontrer ou découvrir sur le net et ailleurs (Altarba, Stigmath, les Egaliseurs, les bons qui squattent BeatmakerNation.com). Pour finir sur BasikArts, n’hésitez pas à poser vos questions ou à prendre contact sur www.basikarts.com !

Publié par Rapman, le 26.11.2009

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