Chè.sko

Inconditionnel du sample







l’album Samples & Bitumes

Blaze donne la parole à Chè.sko, beatmaker suisse avec qui j’ai partagé de nombreuses collaborations. Retraçons ensemble son parcours, ses sorties et son amour pour la musique.

Petite présentation :

Chè.sko, beatmaker suisse, membre du collectif UrbanHeat avec Do.P, D.A.N et Noyz.

Ta première rencontre avec le rap, ça c’est passé quand et comment ?

Je suis tombé sur "Yo Mtv Rap" au début des années 90 à l’époque de NWA et du Wu Tang Clan. Niveau rap français, le coup de cœur a été pour la compilation RapAttitude, comme beaucoup de gens de ma génération. Mais mon premier cd de rap français, ce fut « De la planète Mars » d’IAM (c’est mon père qui me l’avait acheté). J’ai commencé à écrire des petits textes en 1995, à l’âge de 15 ans, mais j’ai laissé tomber au bout de 2 ans.

Peux-tu revenir sur tes premiers pas en tant que beatmaker ?

C’était en 2005. Je n’ai pas été précoce à ce niveau là. Un ami de mon frère avait Reason et un clavier midi. Je me suis mis à tapoter dessus et ça m’a fait comme un flash. J’étais très mauvais mais ça me plaisait. 6 mois après j’ai acheté une MPC. Cela devenait un peu plus sérieux.

Tu joues également de la batterie ?

J’ai pratiqué la batterie il y a bien longtemps. C’est mon père qui m’avait transmis le virus. Il en jouait quand il était plus jeune et il a tout de suite vu que j’avais le sens du rythme. J’ai d’abord construit une batterie avec des bidons et des casseroles. J’avais 12 ans. Ensuite, j’ai eu la chance que mes parents m’offrent une batterie Tama (que j’ai encore) et me paient des cours au conservatoire. J’ai arrêté quelques années après. J’avais trop d’activités et il a fallu faire un choix.

En tant que batteur, quelle importance accordes-tu aux « drums » dans un morceau de hip hop ?

La batterie c’est le plus important. C’est toute la différence entre le rap français et la rap américain. Au Canada et aux Etats-Unis, les gens te jugent sur tes kits de batterie et à ta façon de jouer la basse. Si tu n’es pas un bon drummer, personne ne te prendra tes beats. La mélodie est propre à toi-même. Si tu la kiffes, d’autres gens la kifferont, c’est sûr. Mais en Europe, beaucoup de gens s’en foutent. Ils préfèrent utiliser des batteries de logiciel qui sonnent faux, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années.

Quelles sont tes influences ?

Essentiellement la Soul. Il ne faut pas oublier que le rap vient de la Soul, du Blues ou encore du Jazz. Après, je tape un peu dans tout excepté le gospel ou les musiques religieuses. Après, niveau rap, j’essaie de créer mon propre style, même si je ne cache pas mes influences d’Alchemist, Rza ou Just Blaze, qui sont, à mon avis, parmi les meilleurs.

Revenons sur ta discographie, sur quels projets te retrouve-t-on ?

Il y a eu tout d’abord « Undaground Sessionz » du Label Lyrical Bestial et « Marseille Rap 2008 ». Cela fait toujours plaisir de se retrouver sur les même compiles que les artistes que j’écoutais il y a plusieurs années. Il y a eu le peu connu mais néanmoins excellent album de Stof Terrier, MC officiant sur le label Doze Records. Ensuite, plusieurs autres albums comme La’Krymog’n, Ornicard, Cueto, CFA, Du Nord au Sud, et mon projet « Samples & Bitume ».

Que retiens-tu de l’époque où tu étais signé chez DOZE Records ?

Signé, c’est un bien grand mot (rires). A cette époque, il y avait trop de monde chez Doze. J’avais démarré mon projet avant d’intégrer le label et on a décidé de le sortir sous ce nom. J’étais le dernier arrivé et un des premiers partis, je crois. Cela a coïncidé avec mon départ au Canada. Actuellement, ils ont décidé de revenir à leur forme initiale, c’est-à-dire uniquement le groupe Bershow Crew et de se séparer (musicalement) des artistes qui les entouraient. Je trouve qu’ils ont pris une excellente décision. Bershow Crew est un très bon groupe et je garde de bons contacts avec eux.

De façon plus générale, comment se porte le Hip Hop en Suisse ?

La scène hip hop en Suisse regorge de talents. Le problème c’est que les radios n’en veulent pas. Durant longtemps, il y a eu Sens Unik et Double Pact. Actuellement, un des seuls qui vit de ça, c’est Stress, issu de ce dernier. Les médias ne donnent pas la chance à des gens comme Stof Terrier, Nostra etc. Le problème c’est que les organisateurs de concerts ont peur. Ils préfèrent programmer K-maro dans ta propre ville et faire faire la première partie par un groupe anonyme sans talent, au lieu de faire croquer les artistes locaux. Tant qu’il y aura cette mentalité, le rap suisse sera au point mort.

Tu collabores beaucoup avec des rappeurs américains, canadiens… Qu’est-ce qui t’attire tant vers cette langue et ce continent ?

Le rap vient de là-bas. Quand j’écoute un son de Philly ou de New-York, la plupart du temps je vibre. C’est vrai que cette langue te permet d’avoir des flows que tu ne pourrais pas avoir en rap français. Hormis cela, c’est avant tout une question de culture et je dois dire que mon séjour à Vancouver n’a fait que confirmer ce que je pensais, notamment avec des rencontres telles que Snak the Ripper ou Jeff Spec.

Quelles sont tes plus belles collaborations ?

C’est assez dur de faire un choix. Si on parle de musique, je vais te dire The Absouljah parce que c’est un new yorkais et que c’était mon rêve. D’ailleurs, j’en profite pour remercier Karl Colson pour cette connexion. En plus, il déchire le mec. Mais je ne l’ai jamais rencontré. Sinon, je dirais Osez, ex membre du groupe Sens Unik. Je l’écoutais quand j’avais 15 ans et de pouvoir me retrouver un après-midi en studio avec lui 13 ans après, ça fait toujours quelque chose.

Peux-tu nous parler de ton CD : Samples & Bitumes, du concept derrière et des difficultés que tu as rencontrés dans sa réalisation ?

C’est une idée que j’avais depuis un petit moment. Réunir des artistes de plusieurs pays sur un même projet. Je m’en foutais de savoir s’ils étaient connu ou pas. C’était plus pour montrer le côté multi culturel du rap. Cela n’a pas été facile. J’ai fait les contacts moi-même, ce qui veut dire qu’il fallait parler allemand, anglais et trouver un mec qui me traduisait les trucs en espagnol (rires). D’un point de vue personnel, je ne suis pas vraiment satisfait de mon travail. J’estime que j’ai été trop impatient. La qualité des instrus et le choix de certains mc’s laissent à désirer. En plus, il n’y a pas eu de promo car j’étais déjà au Canada quand il est sorti. Bon, on le retrouvait quand même dans les Fnacs, c’est déjà ça.

Comment s’est passée la collaboration avec Stof Terrier sur l’album et quels retours as-tu obtenu après cet album par rapport à ton travail ?

J’ai connu Stof par l’intermédiaire d’un de ses potes. Il est venu un soir chez moi après le taff pour écouter des instrus. Il préparait un album avec son groupe. L’album ne s’est jamais fait et il a décidé de faire un solo. Je faisais plein d’instrus et je lui donnais la priorité. C’est lui qui les écoutait le premier. Il prenait ce qu’il voulait. Niveau instrumental, je suis satisfait de certains titres comme « Essuie tes larmes » par exemple. Mais c’était à la même période que mon projet, donc j’avais un gros manque d’expérience. Cela reste quand même un excellent souvenir.

Avec quel matériel travailles-tu ?

Je bosse avec ma fidèle mpc, un expandeur Yamaha Motif, une carte son Digi 003, Pro Tools et un clavier midi E-mu Xboard 49. J’utilise aussi quelques VST.

Niveau beatmaking, t’arrives t-il de composer entièrement ou pars-tu toujours d’un sample ?

Je suis un inconditionnel du sample. Pour moi, c’est la base d’un beat de rap. Par contre, c’est très rare que je ne rajoute rien en composition. Les sons du Motif sont très purs, ce qui facilite les parties de composition.

Quels sont les projets sur lesquels tu travailles actuellement et ceux qui vont bientôt sortir ?

Il va y avoir la sortie de l’album de mon pote Gibeyo, puis la street-tape de Stof Terrier. Je viens également de produire plusieurs titres pour le groupe Canadien EMFH. Il y a aussi le street album de Phizykal, un mec des Iles Vierges britanniques, dans les Caraïbes. Autrement, je bosse sur un projet avec mes acolytes de UrbanHeat, mais on n’en dira pas plus.

Pour finir, quels artistes t’ont marqué en 2009 et qui attends-tu cette année ?

Raekwon. Son nouvel album est parfait. La meilleure sortie du Wu depuis longtemps. Sinon, j’attends avec impatience l’album du Rat Luciano. Lui, il manque au rap français.

http://www.myspace.com/chsko

Publié par Ornicard, le 11.03.2010

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