Ornicard

À la découverte d’Ornicard, rappeur lorrain passionné et inclassable



















Originaire du Pays de Bitche en région Lorraine, Ornicard s’est tourné vers le rap pendant ses années Lycée, à l’époque d’Eminem et du boom internet des années 2000. Aujourd’hui, à 33 ans, il poursuit sa passion en Allemagne et se bat pour faire connaître sa musique. Rencontre avec cet artiste créatif dont le rap et le parcours nous ont séduits.

Son accent lorrain et sa chevelure blonde peuvent intriguer. Ornicard n’a en rien l’apparence d’un rappeur ordinaire, et ses textes nous le démontrent. Porteur d’une identité lorraine, il utilise le rap pour exprimer son attachement à sa région natale, le "Bitcherland", et parler de thèmes plus personnels comme la nostalgie, son enfance ou encore son combat pour percer dans la musique. Ses clips et sa musique vivifiante nous révèlent aussi une double identité : celle d’un artiste français qui baigne dans la culture allemande, dont ses clips musicaux sont imprégnés.

Né en 1983, Ornicard, de son vrai prénom Yves, est parti travailler en Allemagne à la fin de ses études. Aujourd’hui installé à Ludwigshafen, il travaille à plein temps dans la logistique et consacre son temps libre au rap, une passion pour laquelle il a déjà signé plus de trois-cents textes qu’il diffuse sur les réseaux sociaux. L’urgence d’écrire à l’adolescence l’a conduit vers cet art, qui lui a permis d’exprimer son mal-être tout en révélant son talent. Artiste jovial, déterminé à percer et intransigeant avec lui même, il se considère avant tout comme un ’’rappeur à textes’’ , qui peut aussi bien composer dans le registre humoristique que mélancolique. La force créative de l’artiste va même jusqu’à transcender son étiquette de rappeur : Ornicard conçoit ses propres vidéos , et a également eu l’idée originale de créer une série de clips, ’’A la découverte de’’, qui nous font découvrir des villes allemandes sur fond de ses mélodies. Nous sommes nous aussi partis à la découverte de ce rappeur à textes atypique, qui a le mérite d’amener le rap vers quelque chose de différent.


Elise : pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené vers l’Allemagne ?

Je suis né à Etting en Moselle, puis j’ai grandi dans la région de Bitche. Ma région natale n’est donc pas loin de la frontière allemande, notamment de la ville de Zweibrücken. Je viens d’une région où il y a une grande influence allemande, et mes parents me parlaient un dialecte allemand lorsque j’étais petit. Par la suite, j’ai fait une école de commerce et j’ai un master en logistique que j’ai fait à Metz. C’est dans le cadre de mes études qu’il m’a été demandé de faire un stage à l’étranger... comme je suis fainéant et que l’Allemagne était à côté, je n’ai pas cherché plus loin, j’ai choisi l’Allemagne ! J’ai passé onze mois à côté de Stuttgart, une ville que j’ai beaucoup appréciée. Aujourd’hui, je travaille chez BASF à Ludwgishafen, et j’ai fait le choix de rester travailler en Allemagne pour vivre avec ma compagne qui est allemande.

Comment vous êtes-vous tourné vers le rap ?

Cela est venu lorsque j’étais adolescent, à l’époque où j’étais le souffre douleur à l’école. Le rap s’est alors présenté comme un véritable exutoire à mon mal-être. J’ai commencé par rédiger des poèmes, et j’ai écrit mon premier texte de rap à 17 ans. C’était dans les années 2000, à l’époque d’Eminem qui fut mon premier coup de cœur dans le rap et en qui je m’identifiais beaucoup à cette époque : blond, frêle et timide quand il était adolescent, il a lui aussi été le bouc émissaire de ses camarades. J’ai également eu la chance de vivre mon adolescence au moment du boom internet, profitant ainsi d’un forum de rap très présent à l’époque (le hiphop.com), sur lequel les artistes pouvaient échanger leurs avis et leurs conseils, rencontrer des producteurs et participer à des challenges. La rappeuse Keny Arkana a par exemple commencé via ce site et forum. Sans internet, je pense que pour moi tout cela n’aurait pas été possible !

Quels thèmes évoquez-vous dans vos chansons ?

Je parle de thèmes relatifs à mon quotidien et à ce que je vis. Je parle souvent de mon enfance, de nostalgie, de mon attachement à ma région natale... Récemment, j’ai sorti une chanson nommée ’’In Vitro", dans laquelle j’évoque notre combat, ma compagne et moi, pour avoir un enfant. Je peux aussi me focaliser sur un seule thème, comme en témoigne mon EP ’’Je t’aime et toi" qui parle d’amour. Mes paroles peuvent souvent paraître mélancoliques, mais j’essaie de sortir que le positif de ce que je vis. J’ai également sorti des chansons humoristiques, comme ’’L’humour est dans le pré’’.

De votre premier texte à 17 ans, vous en êtes arrivé à plus de 300 écrits. Vous avez également eu l’idée innovante de réaliser des vidéos sur des villes allemandes, sur lesquelles vous collez vos musiques. Vous considérez -vous comme un créatif ?

Je suis avant tout un rappeur à texte, mais j’ai effectivement constamment le besoin de créer et d’écrire. J’ai par exemple rédigé un livre de 200 pages pendant mes études, que je n’ai certes jamais fini, mais qui m’a permis de laisser libre court à mon imagination. Concernant mes chansons, mon inspiration me vient de ce que je vis, et j’écris de manière spontanée. Mes textes ne sont en réalité pas si travaillés, je les écris instinctivement et ce sont des paroles très simples. Une chanson doit selon moi être simple à la base, car cela doit être quelque chose d’universel que tout le monde doit comprendre. Je sors environ cinq chansons tous les deux/trois mois, j’ai sans cesse envie de sortir du neuf.

Quant à mes vidéos, j’ai trouvé sympathique l’idée de faire partager mes films de voyages aux internautes, cela leur permet de partir à la découverte de ces villes et en même temps de découvrir mes musiques !

Composez-vous également les musiques de vos chansons ?

Non, car je n’ai aucun formation instrumentale et je ne me suis jamais lancé dans la composition musicale. C’est un ami allemand qui compose mes musiques, et nous enregistrons chez moi grâce à son matériel. Je pose aussi mes textes sur des instrus de DJ comme par exemple ceux de Gramatik.

Vos textes sont écrits intégralement en français. Avez-vous déjà essayé de rapper en allemand ?

J’ai dû faire deux ou trois chansons en allemand, mais cela ne rendait rien ! Je compose donc uniquement en français. Ce qui est étonnant, c’est que l’allemand est pourtant ma langue maternelle puisque mes parents me parlaient leur dialecte allemand lorsque j’étais enfant. Je n’ai découvert le français qu’en entrant à la maternelle. Aujourd’hui, je parle français avec un fort accent lorrain, qui ne s’entend pourtant pas dans mes chansons. Mais dans le sud de la France, on m’a déjà pris pour un belge !

A ce propos, comment s’est passée votre expatriation en Allemagne ? Revenez-vous souvent en France ?

Elle s’est très bien passée, car l’Allemagne n’était pas un pays étranger pour moi en raison de mon histoire personnelle. Je reviens toutefois régulièrement en France, environ tous les deux mois. C’est une chance d’habiter dans une région allemande proche de la frontière française, cela permet de rentrer souvent.

La France vous manque-t-elle ?

Oui, ce sont surtout la famille et les amis qui manquent, ainsi que les paysages de ma région. C’est pourquoi depuis que je suis ici j’écris beaucoup sur mes origines, mon enfance, là où j’ai grandi. Mon nouvel album ("Bitcherländer’’, sorti en septembre) tourne autour de ça.

Quelles sont vos influences dans le rap ?

Mon premier amour pour le rap est Eminem, j’aime également beaucoup Hocus Pocus, Féfé, Orelsan, Keny Arkana, et le groupe Manau. Je trouve l’idée de rapper sur de la musique bretonne excellente.

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Interview par Elise T. (à Mannheim) pour le lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim, le vendredi 24 février 2017

Publié par Ornicard, le 16.05.2017

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